le dessinateur : Morris
le scénariste : René Goscinny
Le scénariste : René Goscinny (1926 - 1977)

René Goscinny est né en 1926 à Paris dans une famille d’origine juive ukrainienne. Il passe son enfance en Argentine où son père a trouvé un poste d’ingénieur. Après la guerre, il vit à NewYork où il fait ses premiers pas dans la bande dessinée mais il a beaucoup de mal à trouver un éditeur.
Après une longue période de galère, il rencontre un trio de dessinateurs belges exilés : Gijé, Franquin et Morris, puis il fait la connaissance des auteurs de la revue « Mad » : Jim Davis, Harvey Kutzman, qui auront beaucoup d’influence sur son humour. Il est aussi présenté à Georges Trois fontaines, un Belge qui vient de lancer la World Press, une agence qui tente de placer des séries dans des journaux européens. Le ciel s’éclaircit pour René Goscinny qui comprend qu’il n’a pas l’étoffe d’un grand dessinateur mais qu’il est un raconteur d’histoires hors du commun. Il devient alors exclusivement scénariste. En 1950, il revient en Europe où il convainc Troisfontaines de l’embaucher. Morris perçoit son talent et lui propose d’imaginer les exploits de son Lucky Luke.

A la différence de Morris, il a participé à un grand nombre de séries, et la plupart sont devenues aussi bien des grands classiques que des succès commerciaux. De son cerveau fertile sont nées des choses comme Astérix, Iznogoud , le Petit Nicolas ou les Dingodossiers. Il fut également le rédacteur en chef de l'hebdomadaire " Pilote ", créé en 1959, qui fit sortir la bande dessinée du ghetto des publications pour la jeunesse.
Il reste une référence absolue pour tous les amateurs du "neuvième art ". Même vingt-cinq ans après sa mort, son sens du rythme et de la parodie, ainsi que son imagination débordante n'ont pas pris une ride puisque ses albums continuent de caracoler en tête des ventes, de quoi rendre envieux bien de jeunes créateurs.
René Goscinny est décédé à l'âge de 51 ans, en 1977, d'une crise cardiaque. Il est aujourd'hui reconnu comme un créateur génial à l'égal d'un Hergé, d'un Franquin ou d'un Hugo Pratt qui, comme lui, ont laissé une trace indélébile dans l'histoire de la B.D. européenne.

Au début, René Goscinny ne signait pas les aventures de Lucky Luke, en vertu d'un accord avec Morris. Son nom n'est apparu qu'après huit albums et six ans de collaboration avec "Les Rivaux de Painful Gulch". Et encore, son nom figurait sur la couverture mais sa participation était souvent minimisée par les éditions Dupuis (par exemple, dans les catalogues officiels, Lucky Luke était présenté avec un seul auteur : Morris). Cette situation entretenait et entretient encore une situation de flou chez les lecteurs de la série. Beaucoup pensent encore que les trente et un albums Dupuis sont tous de Morris en solo. Après le passage chez Dargaud, le nom de René Goscinny sera présenté à égalité avec celui de Morris. En 1996, Anne Goscinny obtiendra que les huit premiers albums écrits par son père portent enfin sa signature.


Les relations entre les deux hommes

Quelles étaient les relations entre Morris et René Goscinny ? Elles étaient très bonnes évidemment au début de leur collaboration. Mais elles se sont semble-t-il dégradées à partir des années 70 alors que la série avait atteint son rythme de croisière. Les deux hommes ne se voyaient plus très souvent car René Goscinny habitait à Paris et Morris à Bruxelles. Le premier envoyait les histoires par la poste au second. Entre les deux hommes subsistait une ambiguïté. Qui était vraiment le père de la série ? Celui qui avait inventé le personnage de Lucky Luke ou celui qui, par la qualité de ses scénarios lui avait donné une nouvelle dimension ? Depuis le début de leur collaboration, le statut de René Goscinny avait changé. Il était devenu le créateur d’Astérix, une vraie vedette du monde de la bande dessinée et même de l’édition en France. Mais il semble que Morris se soit toujours senti comme le propriétaire des aventures de Lucky Luke. Dans les divers entretiens qu'il accorda dans sa vie, il a toujours assez peu cité son scénariste.
En 1971 , par exemple, Goscinny n’avait pas apprécié que le dessinateur s’occupe seul d’un contrat avec un éditeur allemand. Les relations entre les deux hommes furent à nouveau mises à mal à l’occasion du conflit avec les éditions Dargaud quand Morris dessina l’album « Le Fil qui chante » en douce contre l’avis de Goscinny qui voulait faire grève pour obtenir de meilleurs droits. Il y eut clairement une fracture entre les deux créateurs. Auraient-ils continué à travailler ensemble si Goscinny avait vécu ?


Aller au site officiel de René Goscinny sur www.goscinny.net


consulter la biographie de Morris