le dessinateur : Morris
le scénariste : René Goscinny
Le dessinateur : Morris (1923 - 2001)

Maurice De Bévère, dit Morris,est né le 1er décembre 1923 à Courtrai en Belgique. Il est mort en juillet 2001 des suites d’une chute.
Avant de créer Lucky Luke en 1946 dans les colonnes deSpirou, il travaille chez CBA, un studio de dessins animés bruxellois. Il yrencontre André Franquin (le futur créateur de Gaston Lagaffe) et Pierre Culliford (dit Peyo) futur père des Schtroumpfs.
Morris séjourne durant sept ans aux Etats-Unis entre 48 et 55, de quoi acquérir une solide documentation sur l’Histoire de ce pays et sur les figures marquantes de la conquête de l’Ouest. Il entreprend ce voyage initiatique en compagnie de deux autres dessinateurs belges : Joseph Gillain dit Gijé (1912-1980) que Morris désignera comme son maître et André Franquin(1923-1997).

Les premiers albums de LL ont donc été réalisés directement aux Etats-Unis et expédiés par la poste à la maison Dupuis. A New York, Morris se marie et fait la connaissance d’un Français nommé René Goscinny, qui deviendra son scénariste attitré pendant plus de vingt ans.
Morris est l’un des rares dessinateurs qui ne se soient consacrés qu’à une seule et unique série, le succès rencontré très tôt ne lui a sûrement jamais donné l’idée de chercher une autre source d’inspiration que le Far West. Une tentative dans les années50 : « Du raisiné sur les bafouilles » restera sans lendemain. A son retour, Morris s’installe à Bruxelles d’où il bougera très peu. Il recevait les scenarios de Goscinny par la poste et les dessinait tranquillement chez lui avant de les réexpédier à son éditeur.
A quoi tient donc son talent ? A la clarté de son dessin et à son sens de la synthèse. Son trait, ses décors et ses effets sont d’une rare efficacité. Morris a aussi été très novateur en matière de couleurs. Il n’a pas hésité à bousculer les codes classiques en dessinant des personnages sur fond blanc, en variant les couleurs du ciel et en proposant des planches entières en bichromie, noir et rouge, pour figurer un incendie, par exemple.



"Un internaute nous écrit"
Un style d'une simplicité étonnante

Morris a toujours fait preuve d'une intelligence hors-pair sur un plan stylistique, avec beaucoup d'audace, d'innovations et d'astuces qui n'appartenaient qu'à lui. Comme le disait Franquin, il y avait chez lui une part de désinvolture voire d'absence de "scrupules graphiques" que ne peuvent se permettre que les tout grands dessinateurs. Si on s'attarde sur chaque case de Lucky Luke, c'est étonnant le nombre d'imperfections, de faux trait, d'inachèvement, presque parfois de "bâclages" remarquablement assumés et intégrés.

Ainsi, si on prend la case de la page 17 des "Dalton se rachètent" où Jack fait traverser les écoliers, c'est inouï ce que Morris s'est "envoyé" ses gamins en quelques traits. Pourtant, il savait parfaitement dessiner les enfants, comme il l'a prouvé dans des illustrations plus réalistes ; mais puisqu'il se savait parfaitement apte à ça, qu'avait-il effectivement besoin de le prouver une fois de plus dans cette petite scène anecdotique et sans implications pour la suite du récit ? Non, il a préféré sans tenir au"concept" minimum, à l'idée-même et universelle du "groupe d'écoliers" : quelques silhouettes de gabarit différent, une ardoise sous le bras, un noeud dans les cheveux des fillettes, et l'on identifie du premier coup d'oeil un groupe d'écoliers traversant ! Tout paraît si simple avec Morris...

Ceci est fascinant, il faut être terriblement sûr de sa force et de son bagage graphique pour travailler et créer dans cet état d'esprit. Chez Morris tout n'était qu'astuce, raccourcis, épure, clarté et logique imparable dans ses mises en scène.

On l'a toujours dit très cinématographique, ce qui est vrai. Mais en même temps, il ramenait toujours ça dans les codes spécifiques du dessin et de la BD, qui faisait que ses planches pouvaient être très belles en soi, même en restant dans le moule "gaufrier" classique. J'ai toujours adoré ses découpages, qui s'apparentaient à du montage filmique. En particulier, cette manière qu'il avait d'illustrer certaines scènes à deux points de vue "caméra" alternés, ce qui donnait un rythme et une élégance incomparable à la lecture de ses pages. Ainsi, page 17 de "À l'ombre des Derricks" : Luke, appuyé contre un poteau, regarde la bande à Blunt entrer dans l'hôtel d'en face ; case suivante, petit dialogue entre Blunt et l'hôtelier ; et case finale, retour à la "caméra n°1" (qui n'a pas bougé d'un poil), pour montrer les conséquences du dialogue précédent. (à noter comme Morris s'est limité au concept "clients d'hôtel s'enfuyant" sans fioritures: petites tenues, chapeau sur la tête et valise à la main)

Clareté, logique et dynamisme qu'on retrouve page 25 de "sur la piste des Daltons". La courte scène (sans cadre) avec Rantanplan est remarquable : il freine, réfléchit, bondit illuminé, puis reprend sa course. Ces quatre dessins sont quasiment conçus et pensés dans une rythmique de dessins animés: en passant de l'un à l'autre, on a véritablement une illusion de mouvement.

Olivier Donge


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