(16) " En remontant le Mississippi " 1961 - prépublication dans Spirou (1111 à 1132) en 1959


Pour la première fois, Lucky Luke quitte son territoire de prédilection, le Far West, pour un territoire voisin, le Middle West et plus précisément le Mississippi, le plus long et le plus puissant des fleuves américains. Les auteurs ont manifestement succombé au charme des fameux bateaux à fond plat et à roue à aubes, tout droit sorti des romans de Mark Twain (qui apparaîtra plus tard dans " L'Héritage de Ran Tan Plan. "

Lucky Luke se retrouve en position d'arbitre d'une lutte entre les capitaines Barrows et Lowriver engagés dans une course. Cet album vaut par son exotisme, qui change le lecteur des paysages habituels du western. On y découvre des animaux nouveaux, les alligators, et un ennemi inédit, le mississippi lui même avec notamment ses crues dévastatrices.
Un personnage secondaire crève l'écran, Ned le pilote du bateau, vieux briscard vantard et menteur. A noter aussi la présence de personnages afro-américains, employés dans un rôle stéréotypé, portefaix ou assistants, mais sans doute conforme à la réalité de l'époque.

Cet album semble inspiré du récit de Mark Twain : "La vie sur le Mississipi" ("Life on the Mississippi", 1883) comme l'a remarqué Mathieu Lindon dans "Libération" en avril 2015, même si l'écrivain américain n'apparaît pas dans l'album. Il sera dessiné plus tard dans "L'Héritage de Ran Tan Plan".


La réplique : " Un peu de café, patron ? "

Le gag : l'intervention de Tetenfer Wilson, cette brute épaisse qui n'est pas sans rappeler un personnage d' "Ultime Razzia ", un des premiers films de Stanley Kubrick.
René Gosciny a déclaré qu'il était inspiré d'un personnage historique.

Curiosité : le capitaine Lowriver, le méchant de l'histoire, ressemble physiquement au grand vizir Iznogoud, un personnage qui sortira peut de temps après de l'imagination de Goscinny pour une autre série.

Cet album a eu du mal à sortir en Scandinavie. L'éditeur de ces pays trouvait que les noirs y étaient décrits de façon trop caricaturale.

Extrait d'un article de "Libération" du 15 avril 2015 :

" A part chez les spécialistes, la Vie sur le Mississippi est surtout connu en France par l’aventure de Lucky Luke "En remontant le Mississipi", adaptation très libre que Morris et Goscinny ont faite d’un texte qui est lui-même une adaptation très libre de la carrière d’apprenti pilote de Mark Twain.
L’auteur a écrit dans son Autobiographie : «Une autobiographie est toujours deux choses : c’est un mensonge absolu et c’est une vérité absolue. L’auteur fournit le mensonge et le lecteur fournit le reste - c’est-à-dire qu’il rétablit la vérité par instinct.» Le pilote du Daisy Belle à Lucky Luke : «Le Mississipi est drôlement capricieux… Je l’ai vu une fois monter et descendre de niveau si rapidement que les poissons sont restés un moment en l’air avant de retomber se fracasser le crâne sur le lit desséché du fleuve !» Chez Mark Twain, le fleuve «est remarquable par […] sa disposition à faire des bonds prodigieux en coupant à travers d’étroites bandes de terre». «Par exemple : un homme vit aujourd’hui dans l’Etat du Mississippi ; un raccourci se forme pendant la nuit, et le lendemain l’homme se retrouve avec son terrain de l’autre côté du fleuve, dans les frontières de l’Etat de Louisiane, et assujetti à ses lois !»

retour à la selection des albums